En juin dernier, le musée a eu la joie de recevoir trois statues anciennes déposées par par la fabrique d’église de Vedrin (Namur), représentée par son président, monsieur Jacques Blampain. Polychromées et ornées de dorures, ces œuvres représentent saint Michel, sainte Brigitte et saint Roch.
D’où viennent ces trois statues ?

D’après la tradition orale, ces statues proviendraient de l’ancienne église Saint-Martin de Frizet. Cet édifice, aujourd’hui en ruines, est bâti sur des fondations datées du 8e siècle et attestées par un document officiel de 1198. Ce site déjà occupé depuis l’époque gallo-romaine, a connu une histoire pour le moins mouvementée. Peu à peu abandonné au 19e siècle, il est définitivement désaffecté en 1920. Depuis quelques décennies, des associations locales, avec l’appui de l’AWAP et d’autres institutions, travaillent à remettre le site en valeur.

Deux de ces statues ont déjà été inventoriées par l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) :
- La statue de sainte Brigitte, réalisée entre 1560 et 1610 a été récemment attribuée au “Maître du retable de Gedinne”.
- Saint Roch, est daté du 18e siècle.
La statue de saint Michel semble plus ancienne, mais reste encore à identifier avec précision.
Grâce au concours de la restauratrice, Fanny Cayron, ces trois statues ont bénéficié d’un traitement de conservation : elles ont été traitées contre les insectes xylophages, grâce au procédé d’anoxie statique, nettoyées et consolidées. Sur le saint Michel, la restauratrice a toutefois remarqué de petites cloques dans les dorures, probablement causées par de fortes chaleurs par le passé — un indice potentiel à propos des contexte et conditions de conservation de cette œuvre avant son arrivée à Vedrin.
Qui sont ces saints ?
Sainte Brigitte
Sainte Brigitte (Brigid, /Brigide de Kildare) est une figure très populaire en Irlande, où son culte se mêle à d’anciennes traditions celtiques liées à la fertilité, aux traditions agricoles, à la guérison et au feu. Parfois surnommée la “Marie des Gaëls”, elle est encore honorée aujourd’hui : le 1er février, les Irlandais continuent de tresser des “croix de sainte Brigid” qu’ils accrochent dans leurs maisons pour les protéger toute l’année.

Un syncrétisme est en effet attesté entre la divinité païenne Brigit ou Brig — associée à la forge, au feu et à la guérison — et la vie de sainte Brigitte de Kildare, devenue sainte patronne de l’Irlande aux côtés de saint Patrick. Très populaire, son culte s’est largement répandu dans les milieux paysans. Elle est aussi reconnue comme figure de compassion, de générosité et de force spirituelle.
La diffusion de son culte dans nos régions semble suivre l’axe Sambre et Meuse dans le sillage de saint Feuillen ou Feuillien, moine irlandais du 6e siècle, missionné pour l’évangélisation du continent qui apportera avec lui une partie des reliques de la sainte du côté de Fosses-la-Ville.
Selon la tradition, sainte Brigitte d’Irlande aurait vécu entre le 5e et le 6e siècle, et certains récits lui prêtent même le miracle singulier d’avoir changé de l’eau en bière. Son iconographie la montre fréquemment accompagnée d’un bœuf ou d’une vache couchée, mais aussi avec un livre, une lampe, une crosse d’abbesse, voire des oies ou un cheval. Elle peut apparaître couronnée, comme c’est le cas de la statue de Vedrin et de celle conservée à Fosses-la-Ville, avec laquelle elle présente plusieurs similitudes.
Sainte Brigitte est également connue sous les noms de Bride, Bryie ou Bridjes (en ancien français et en dialectes locaux). Notons enfin qu’une relique de grande importance, sa tunique, est conservée à la cathédrale Saint-Sauveur de Bruges, don, selon la tradition, de Gunhilda, sœur du roi Harold II d’Angleterre.
Saint Michel

Chef de la milice céleste dans la tradition chrétienne, l’archange Michel est représenté en guerrier triomphant du mal, souvent sous la forme d’un dragon (un ange saurochtone).
Vénéré depuis des temps très anciens, il est à la fois protecteur et fait figure de victoire sur les forces obscures. Il est particulièrement vénéré par les confréries militaires depuis le Moyen Âge.
Il joue également un rôle central dans le récit de l’Apocalypse, au moment de la lutte finale contre le mal. Sa représentation à Vedrin suit cette iconographie classique : Michel, défenseur de la foi en pose victorieuse.

Saint Roch
Saint Roch est quant à lui associé à la grande peste du 14e siècle. Saint thaumaturge né à Montpellier, il se dévoue aux malades et devient très populaire en Europe.
Son image est immédiatement reconnaissable : un pèlerin avec son bâton, il soulève sa tunique pour montrer la plaie de son bubon au niveau de la jambe.
À ses côtés, son fidèle chien lui apporte chaque jour une miche de pain — signe de fidélité et d’espérance. Il incarne la charité et la guérison miraculeuse.
Un patrimoine précieux à étudier
Ce dépôt constitue une occasion unique de redécouvrir et valoriser le patrimoine religieux de Vedrin et de Frizet. L’équipe du musée remercie chaleureusement la fabrique d’église de Vedrin pour cette mise en dépôt.
L’étude approfondie de ces statues reste encore à mener afin d’en affiner les attributions, de mieux documenter leur parcours et ainsi leur redonner toute leur valeur patrimoniale et symbolique.
Laura Dekoster (service Médiation du Musée)

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