Une page d’un manuscrit du Moyen Âge perdue… et maintenant redécouverte !

Les collections des musées namurois abritent bien des surprises qu’il reste encore à découvrir. Le Musée diocésain et la Société archéologique de Namur viennent d’en faire l’expérience : un manuscrit de la SAN a retrouvé sa première page, qui était considérée comme perdue. Cette page se trouvait en fait au Musée diocésain, enregistrée comme fragment d’un livre perdu… Explications.

Le Musée diocésain et la Société archéologique de Namur conservent tous deux, dans leur collection respective, des manuscrits provenant de l’ancienne abbaye cistercienne de Marche-les-Dames. Il s’agit pour la plupart de livres de chant, utilisés dans le cadre des messes et des offices à l’abbaye. Comme c’est le cas de nombreuses abbayes supprimées à la fin du 18e siècle, le patrimoine de Marche-les-Dames a été dispersé au 19e siècle. Des œuvres d’art et des manuscrits ont été recueillis par la Société archéologique de Namur, fondée dès 1845. D’autres livres l’ont été par des chanoines attachés à la cathédrale Saint-Aubain, et ont ensuite été donnés au Musée diocésain, après sa création vers 1904. En tout, on conserve aujourd’hui pour l’abbaye de Marche-les-Dames, sept livres à peu près complets et plusieurs fragments, la plupart du 15e et du 16e siècle.

À l’occasion de l’exposition consacrée à l’histoire de l’abbaye, organisée par la Société archéologique de Namur, les manuscrits ont été étudiés par Anne-Emmanuelle Ceulemans, musicologue et professeure à l’UCLouvain. Celle-ci a passé au peigne fin les manuscrits, page après page, identifiant les chants, repérant les mains des différents copistes, les indices de remaniements,… bref, tout ce qui permet de retracer la vie et l’usage des livres au cours des siècles. Cette étude approfondie lui a permis d’identifier ce qui avait échappé à tous les spécialistes avant elle : le fragment répertorié sous le numéro 1237 au Musée diocésain s’avère en réalité être le premier feuillet d’un manuscrit conservé à la Société archéologique (inv. 2). Écriture identique, concordance du texte, style de la décoration, couleurs, dimensions… aucun doute possible. Le manuscrit n° 2 de la SAN, un antiphonaire (un livre de chants utilisés par les offices), a aujourd’hui retrouvé son intégrité. Quand et comment ce feuillet s’est-il perdu ? Mystère. Il est possible que le fragment était déjà détaché avant que les manuscrits ne quittent l’abbaye.

Les manuscrits de Marche-les-Dames avaient été répertoriés par d’éminents historiens et archivistes, Paul Faider et Ferdinand Courtoy. Ni l’un, ni l’autre, n’avaient reconnu le fragment. Cette redécouverte est riche d’enseignements pour les historiens, conservateurs et amoureux de l’histoire : 1) il ne faut jamais écarter trop vite des fragments épars ; 2) il y a toujours à découvrir ; et 3) on n’en finit pas d’apprendre sur notre passé et notre patrimoine, même celui que l’on considérait comme bien connu !

En savoir plus :

  • A.-E. Ceulemans, A. Ibos-Augé, “Les manuscrits musicaux de Marche-les-Dames », dans A. Carlier (coord.), Marche-sur-Meuse. Que s’écoule le temps… et passent les Dames (cat. exp. Namur), Namur, 2025, p. 184-219.

Vous souhaitez admirer le manuscrit et son feuillet retrouvé ? Il vous reste 9 jours pour découvrir l’exposition « Marche-sur-Meuse – Que s’écoule le temps … Et passent les dames… », à voir au TreM.a-Musée des Arts anciens du Namurois, jusqu’au 15/03/26.

Pour voir les coulisses de cette superbe collaboration et passation … C’est par ici : https://youtu.be/xkMlk9dx0rQ

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